Hébergement forcé des SDF: tollé des associations à la proposition de Boutin
Jacques Demarthon AFPAprès le décès de quatre SDF en un mois en région parisienne, le gouvernement envisage de recourir à l'hébergement obligatoire des sans-abri, mais cette proposition a suscité un tollé chez les associations qui s'emploient depuis des années à tenter d'amortir la crise du logement.
La ministre du Logement, Christine Boutin, a annoncé le lancement d'une réflexion sur l'opportunité de rendre obligatoire la mise à l'abri des SDF quand la température descend en dessous de -6 degrés.
Elle répondait ainsi à une préoccupation du président Nicolas Sarkozy qui a estimé au conseil des ministres que le gouvernement a "le devoir et la responsabilité" de "ne pas laisser mourir" les sans-domicile-fixe de froid, selon des propos rapportés par Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement.
"Ce serait une grave régression", a immédiatement jugé Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social.
Les associations engagées aux côtés des sans-abri rappellent de façon récurrente la promesse faite par le candidat Sarkozy, le 18 décembre 2006, que "d'ici deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid".
La proposition de la ministre a provoqué chez elles un tollé.
Patrick Doutreligne, secrétaire général de la Fondation Abbé Pierre a jugé que "Mme Boutin a dit une grosse bêtise".
"Nous sommes furieux, a-t-il déclaré à l'AFP. Quelques jours à peine après le jugement contre le Dal et les Enfants de Don Quichotte qu'elle a approuvé, elle sort cette idée bête. Une idée qui n'a de réalité que parce que la société a peur d'être accusée de laisser ses pauvres mourir de froid....".
"En Allemagne, où la police embarque de force les SDF, les autorités se sont donné les moyens d'avoir des places d'hébergement dignes, des chambres individuelles. Ici, on prend les choses à l'envers!", a estimé M. Doutreligne.
Mme Boutin a justifié sa proposition en faisant valoir qu'aucune des 66 personnes installées durablement dans le bois de Vincennes et qui "ont été vues personnellement cette nuit", n'a accepté de venir dans un centre d'hébergement. Selon elle, il restait 40 places libres dans les hébergements d'urgence, le week-end dernier, dans le XIIe arrondissement de Paris, tout proche du bois.
Jean-Baptiste Legrand - le frère d'Augustin - des Enfants de Don Quichotte, a crié son "ras-le-bol": "chaque année, on pose cette même question de la mise à l'abri. Catherine Vautrin la posait déjà il y a deux ans sur le Canal Saint-Martin...C'est compliqué de comprendre pourquoi les gens ne veulent pas aller dans les gymnases? Allez au centre Yves Garrel, dans le XIe, vous comprendrez...."
Jean-Baptiste Legrand s'avoue "découragé": "On a l'impression de prêcher dans le désert, dit-il. Le rapport d'Etienne Pinte dit tout mais il ne se passe rien. Le gouvernement est prêt à payer des flics pour patrouiller dans le bois de Vincennes mais pas des travailleurs sociaux pour accompagner les gens et les sortir de la misère". "Tout ça, c'est de la com! "
Pour Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social et du Samu international, la proposition de Christine Boutin "ne tient pas debout. J'y suis formellement opposé", dit-il parlant d'"une grave régression" et se demandant "si l'on veut rétablir le délit de vagabondage" en vigueur jusqu'en 1994.
"Elle n'y arrivera pas, dit-il, elle n'a de toute façon pas les moyens légaux de porter ainsi atteinte aux droits de la personne".
Pour lui, de toute façon, "l'exclusion, ce n'est pas une question d'hiver: elle est là pour longtemps, c'est structurel".
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Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, le matin, à la table des anges